Qui séjourne dans le Latium ne peut manquer de visiter les châteaux des Borgia, la famille qui, entre le XVe et le XVIe siècle, imposa son pouvoir non seulement à la région mais joua aussi un rôle important dans l’histoire de la Renaissance italienne, grâce à des alliances politiques sans scrupules, des intrigues, des crimes et aux brillantes carrières ecclésiastiques d’Alphonse et Rodrigue Borgia, tous deux élus au trône pontifical, et de nombreux autres membres de la famille qui revêtirent la pourpre cardinalice.
Ces châteaux furent le théâtre de certains des épisodes les plus intenses de leur vie, et les bâtiments restent les témoins de la puissance et de la gloire passée de la famille.
La forteresse de Nepi
Le château de Nepi a une histoire très ancienne. Les découvertes archéologiques remontent au VIIIe siècle av. J.-C. Le site fut probablement habité dès l’Antiquité par des populations étrusques ou falisques, grâce à la protection naturelle offerte par les ravins, des gorges de matériau volcanique aux parois très abruptes creusées par les cours d’eau. Situés sur deux côtés du site, ils formaient une barrière naturelle contre les assauts ennemis. On sait que dès l’époque préromaine la ville disposait de défenses, car certains historiens rapportent que Furius Camillus eut bien du mal à s’en emparer. Les Romains s’employèrent ensuite à la rendre inaccessible, mais ce n’est qu’au haut Moyen Âge que l’on trouve des témoignages certains des fortifications, de leur usage et de l’importance stratégique du site.
Pendant la guerre des Goths, l’antique forteresse contrôlait la via Amerina, importante voie de communication entre Rome et l’exarchat de Ravenne, et au VIIe siècle, le pape Grégoire le Grand envoya une armée au secours de la ville pendant les guerres entre l’Empire byzantin et les Lombards.
Au XIe siècle fut construite la tour quadrangulaire, aujourd’hui intégrée au donjon, et lorsque la ville devint commune libre en 1131, de nouveaux travaux de renforcement furent réalisés : une autre tour à base trapézoïdale, destinée à la défense et à la surveillance, et une tourelle au nord-est. Toutes les grandes familles nobles qui se disputèrent au fil des ans le contrôle de la région séjournèrent dans cette forteresse : les Prefetti di Vico, Mathilde de Canossa, les Colonna, les Orsini, les Caetani et les Anguillara.

Entre la fin du XIVe et le milieu du XVe siècle, la vieille tour carrée fut transformée en tour circulaire, mais c’est avec la nomination de Rodrigue Borgia comme gouverneur de la ville en 1479 que d’importants agrandissements et renforcements furent entrepris. En vingt ans à peine furent élevées les quatre tours aux armes des cardinaux Borgia aux angles d’un quadrilatère défensif construit autour du noyau central le plus ancien ; la tour circulaire fut surélevée pour en faire un poste d’observation imparable sur le territoire environnant (des monts Cimini au lac de Bracciano jusqu’au mont Soratte) ; l’ensemble fut réaménagé en bâtiment résidentiel de trois niveaux et l’on construisit la porte dite Borgiana. Les travaux furent confiés à Antonio da Sangallo l’Ancien, qui construisait alors la forteresse voisine de Civita Castellana.
Avec l’élection de Rodrigue comme pape, le gouvernement de Nepi passa d’abord à Ascanio Sforza puis, après la fin de l’alliance politique avec les Sforza, à Lucrèce elle-même, qui y séjourna jusque vers 1500 et rendit la Rocca plus somptueuse encore : elle créa une grande salle de réception au rez-de-chaussée, réserva le premier étage aux résidents et le dernier aux hôtes. À partir de 1503, la forteresse devint le refuge de son frère César, dit le Valentinois.
La forteresse passa ensuite à d’autres grandes familles, comme les Farnèse, qui y menèrent de nouveaux travaux de renforcement et d’embellissement, avant d’être abandonnée lorsque Nepi perdit son rôle stratégique.
Une importante restauration menée au début des années 2000 a permis d’ouvrir le château au public.
La Rocca dei Borgia à Subiaco
L’antique forteresse qui domine Subiaco et la vallée de l’Aniene a des origines très anciennes. Construite vers l’an mil avec des fonctions purement militaires, elle fut longtemps le symbole du pouvoir temporel des abbés de Sainte-Scholastique. À partir du milieu du XVe siècle, la Rocca abbatiale accueillit toutes les grandes familles de l’époque : les Colonna, les Barberini, les Borghese et les Espagnols Torquemada et Borgia.

En 1476, elle passa au cardinal Rodrigue Borgia, qui la fit reconstruire pour en faire une forteresse imprenable d’une grande importance stratégique, puisqu’elle se trouvait à la frontière entre les États pontificaux et le royaume de Naples. Une immense tour quadrangulaire fut érigée, reliée au vieux château médiéval par une étroite passerelle munie d’une trappe. On construisit aussi créneaux, meurtrières et prisons.
C’est ici que, lors de son séjour, en 1480, Vannozza Cattanei donna naissance à Lucrèce, fille du cardinal Borgia, qui deviendrait quelques années plus tard le pape Alexandre VI. Après son élection, la forteresse fut confiée aux Colonna, qui l’embellirent en créant des salles et des appartements ornés de fresques allégoriques. Après 1608, elle appartint d’abord aux Borghese, puis aux Barberini.
En 1778, le pape Pie VI ordonna une nouvelle restauration qui donna à la forteresse un aspect encore plus résidentiel. Il fit démolir l’autre tour, supprima la trappe et les prisons et commanda de nouvelles fresques à Liborio Coccetti. Après 1915, la forteresse fut abandonnée.
Récemment restaurée, elle est aujourd’hui ouverte au public et sert en septembre de décor évocateur aux Cortèges borgiens, une manifestation en costumes qui célèbre la magnificence de la Renaissance.
Le château Borgia de Passignano sul Trasimeno
Le château Borgia Sulpizi, aussi appelé Villa Miralago, se dresse sur une colline dominant le lac, entouré de bois et d’un parc privé de neuf hectares aux arbres séculaires. Ayant appartenu à la branche féminine de la famille Borgia, il conserve un noyau médiéval d’origine, composé de la tour et de bâtiments secondaires, dont un moulin. Situé en Ombrie, dans une zone d’une grande importance stratégique entre le grand-duché de Toscane et les États pontificaux, il offrait aussi une excellente vue sur le lac Trasimène jusqu’au promontoire de Castiglione del Lago, et servit souvent d’avant-poste militaire.
Au XVIe siècle, les petits-enfants d’Ippolita Borgia, fille aînée de Girolamo, lui-même fils de César Borgia, acquirent la propriété et la transformèrent en un splendide château, avec une grande cour, une vaste salle de réception et de nombreuses pièces ornées de fresques, d’arcs et de plafonds à caissons.
Résidence d’été de la famille pendant des siècles, il fut restauré par les Borgia Mandolini dans le style néogothique alors à la mode.

Le château fut ensuite vendu aux comtes florentins Massini Nicolai, qui le revendirent en 1933 à l’industriel Ottavio Palombaro. Confisqué par les nazis, il revint à son légitime propriétaire à la fin de la guerre.
L’écrivain anglo-italien Giorgio Harold Stuart, administrateur de la famille Palombaro, qui vécut au château, a raconté dans son livre L’Italia dei fantasmi une étrange expérience paranormale et ésotérique vécue entre ses murs.
Aujourd’hui, le château est un ravissant lieu d’hébergement qui permet à ses hôtes de revivre l’atmosphère d’autrefois.
Laura Luciani, autrice du blog d’Italy Trails