Les nasoni : les fontaines d’eau potable de Rome

Les nasoni sont les fontaines d’eau potable typiques de Rome. De forme cylindrique et hautes de 1,20 mètre, elles sont en fonte, et l’eau s’écoule d’un bec recourbé percé d’un trou central qui rappelle un nez, d’où leur nom (« gros nez »).
Rome compte 2 500 nasoni, auxquels s’ajoutent 114 fontaines dans les zones périphériques et hors des limites de la ville, comme Fiumicino. Rien qu’à l’intérieur des murs, on en compte 280, ce qui fait de Rome l’une des villes qui comptent le plus de fontaines d’eau potable au monde, un service public que peu de villes offrent à leurs habitants.

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Il faut dire que la capitale, surnommée Regina Aquarum (la reine des eaux), a toujours distribué généreusement l’eau potable dans ses thermes, ses monuments et ses fontaines.
L’origine des nasoni remonte aux années qui suivirent l’unification de l’Italie, lorsque le premier maire de Rome, Luigi Pianciani, les fit installer entre 1872 et 1874 pour désaltérer les habitants et pour décharger le réseau d’eau. Toutes ont la forme décrite, sauf les trois plus anciennes, situées Piazza della Rotonda près du Panthéon, via della Cordonata et via di San Teodoro, qui sont munies de trois becs terminés par des gueules de dragon.

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Même les nasoni classiques présentent quelques variantes. On en trouve portant l’inscription S.P.Q.R., les faisceaux, les anneaux olympiques ou encore l’inscription Acqua Marcia, qui indique l’aqueduc d’origine. L’eau de ces fontaines publiques est d’ailleurs excellente : 97 % provient de sources et 3 % de puits, et elle est toujours d’une fraîcheur remarquable.
Dans les années 1980, pour éviter le gaspillage, on installa des robinets à ressort qui rendaient toutefois plus difficile le fait de boire. Mal accueillis par les Romains, qui les cassaient, ils ne furent jamais remplacés.

En 2017, toujours dans le but d’éviter le gaspillage lors d’une grave sécheresse, on proposa de couper l’eau des nasoni, ce qui déclencha une vague d’indignation populaire. On fit remarquer que l’eau des nasoni ne représente que 1 % de celle distribuée dans la capitale, et que le vrai gaspillage tient au mauvais entretien des canalisations, qui perdraient environ la moitié de l’eau transportée. De plus, l’alimentation publique maintient les conduites sous pression, évitant de graves dégâts au réseau, et assure un flux continu dans les égouts, évitant la stagnation, au bénéfice de l’hygiène.

Et ce n’est pas tout. Les nasoni sont la seule source d’eau des marchés de quartier, servent à arroser les jardins urbains et permettent aux familles qui ne peuvent pas acheter d’eau en bouteille de s’approvisionner, sans parler des enfants dans les parcs, des personnes âgées, des touristes et même de nos amis à quatre pattes, surtout lors d’étés de plus en plus chauds. Selon les statistiques, de plus en plus de personnes vivent à Rome dans l’extrême pauvreté et sans domicile : pour environ dix mille d’entre elles, la fontaine est la seule source d’eau pour boire, se laver et cuisiner.

Deux cartes ont été consacrées aux nasoni et à leur précieux service public, l’une par Acea, l’autre par l’éditeur Innocenti, cette dernière étant aussi liée à une application qui signale les nasoni les plus proches. Il existe même une pièce de théâtre écrite par Fabio Morgan et mise en scène par Leonardo Ferrari Carissimi, intitulée « I Nasoni raccontano – La storia ha il naso lungo » (Les nasoni racontent : l’histoire a le nez long). Un récit dans lequel les fontaines sont les témoins et les gardiennes d’histoires populaires de la Rome d’autrefois, aujourd’hui disparue, et d’histoires contemporaines des quartiers périphériques.