Le plus beau chat du Colisée : Rome et ses chats errants

Rome et les chats forment aujourd’hui encore un couple inséparable. En témoignent les cartes postales les plus vendues et les plus appréciées des visiteurs étrangers, celles qui montrent des chats romains paresseusement couchés sur les ruines ou posant à côté des statues. Rien que dans la capitale vivent 120 000 chats errants que, depuis 2001, la ville de Rome considère comme faisant partie de son patrimoine (bio-patrimoine) ; ceux qui vivent dans les zones archéologiques, comme le Colisée, la Pyramide ou Largo Argentina, portent même le titre d’« archéologues ».

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Dans la Rome antique, les chats étaient protégés par la déesse Isis et vénérés dans les temples, comme le montrent les découvertes faites dans l’Iseum Campense, un temple dédié à Isis, dont le culte se répandit à Rome au Ier siècle av. J.-C. Des fouilles de ce temple, construit en 43 av. J.-C. et détruit par un incendie en 80 apr. J.-C., provient la statue en marbre d’un chat grandeur nature, placée au milieu du XIXe siècle sur la corniche du Palazzo Grazioli, du XVIe siècle, qui donne (justement) sur la via della Gatta. Il est très probable que le chat représentait Bastet, la déesse vénérée surtout en Basse-Égypte.
La position très particulière de la statue a donné naissance à de nombreuses légendes, dont celle, très évocatrice, selon laquelle le regard du chat indiquerait l’endroit exact où serait enfoui un fabuleux trésor.
À noter aussi qu’entre la via della Gatta et la via del Collegio Romano, à un angle du Palazzo Doria Pamphilj, comme pour faire écho à la statue du Palazzo Grazioli, se trouve un édicule votif avec une Vierge peinte en 1796, dite Vierge de l’Immaculée Conception, qui tient tendrement un chat dans ses bras.

Mais la relation étroite entre Rome et ses chats errants ne s’arrête pas à l’anecdote historique et artistique. Le grand nombre de petits félins en liberté, répartis dans toute la ville et ayant besoin de nourriture et de soins, a donné naissance à la figure traditionnelle de la « gattara », une femme au grand cœur qui, les sacs remplis de nourriture, descend dans la rue nourrir ses amis félins et assurer leur survie.

Parmi nos gattare les plus illustres figure l’intense diva de cinéma Anna Magnani, qui sortait chaque soir nourrir les chats errants, y compris ceux, aujourd’hui célèbres, de Largo Argentina. Un réalisateur connu nous a laissé une anecdote amusante : un passant s’adressa grossièrement à l’actrice, difficile à reconnaître avec un panier à la main et un foulard sur la tête. Elle se contenta d’ôter son foulard pour se faire reconnaître et le foudroya de ses yeux ardents. À Largo Argentina, là où César fut assassiné, parmi les ruines des temples antiques, les chats du refuge le plus célèbre de Rome se promènent en liberté.

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La colonie s’était formée spontanément lorsque, en 1929, les vestiges de l’aire sacrée furent mis au jour et que de nombreux chats errants s’installèrent parmi les ruines, en contrebas de la rue, plus à l’abri que sur la chaussée. Au fil des ans, le lieu est devenu la destination des bienfaiteurs des chats, mais aussi, hélas, d’abandons lâches de chats domestiques indésirables.

Plus tard, un acteur de théâtre obtint l’usage d’un sous-sol pour protéger les animaux les plus faibles et la nourriture de la colonie, et fit construire un enclos pour tenir les plus jeunes chatons à l’écart des voitures. À sa mort, emporté par une maladie alors qu’il s’occupait de ses chats, une autre actrice prit le relais avec beaucoup d’efforts, y compris financiers, non seulement pour nourrir et protéger les chats du site historique, mais aussi pour les faire stériliser afin d’en contrôler le nombre. Lorsque les circonstances amenèrent deux dames extraordinaires, Lia et Silvia, à s’occuper de la colonie de Largo Argentina, on comptait 550 chats et les frais étaient énormes. Grâce à leur engagement acharné, à l’aide financière des touristes étrangers et au soutien d’une association anglaise de protection animale, tous les chats furent stérilisés, déparasités et vaccinés, et le centre est aujourd’hui connu surtout pour ses campagnes de stérilisation.

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Plus récemment, la stérilisation est devenue l’objectif principal des associations et des bénévoles. Le bureau des droits des animaux de la ville de Rome recense les colonies félines, encadrées par une série de lois régionales. La gattara ou le gattaro deviennent les référents officiels de la colonie et les chats sont considérés à part entière comme des citoyens du sol romain, avec tous les droits qui en découlent.

Laura Luciani, autrice du blog d’Italy Trails