Le Jardin des Orangers et le Trou de la serrure

En montant sur l’Aventin, on découvre l’un des jardins les plus évocateurs de Rome, dont le belvédère offre une vue splendide sur la ville.

Le Jardin des Orangers, ou parc Savello, situé à l’emplacement d’une ancienne forteresse médiévale de la famille Savelli, n’en conserve que très peu de vestiges après la démolition presque totale de 1613, qui ne laissa qu’une partie du mur d’enceinte, des greniers et des entrepôts souterrains. Le jardin fut créé lors d’un réaménagement architectural des années 1930 qui, avec la redéfinition urbaine de la colline, visait à créer un troisième belvédère sur la ville, aux côtés du Pincio et du Janicule.

Il fut conçu par Raffaele de Vico en 1932 selon un plan symétrique. Au centre, une grande allée qui mène droit vers la vue sur la basilique Saint-Pierre divise le parc en deux parties latérales. En la parcourant, on admire une vue extraordinaire sur la Piazza Venezia, le Tibre qui coule juste en contrebas, l’île Tibérine, la Mosquée et enfin la coupole de Saint-Pierre, sans oublier les nombreuses et célèbres terrasses romaines.

THE ORANGE GARDEN AND THE KEYHOLE

Le jardin est planté d’orangers en souvenir de l’arbre près duquel prêchait saint Dominique, visible dans le cloître de l’église paléochrétienne voisine de Sainte-Sabine.
Près de l’entrée de la via di Santa Sabina, sur la Piazza Pietro d’Illiria, se trouve une fontaine composée de deux éléments hétérogènes : une vasque en granit provenant de thermes romains et un mascaron que l’on peut rapprocher de la Bouche de la Vérité et de la fontaine de la via Giulia, et qui devait à l’origine orner une fontaine du Campo Vaccino.

Le Trou de la serrure

En poursuivant la via di Santa Sabina, on arrive sur la Piazza dei Cavalieri di Malta, où se trouve ce que les Romains appellent le Trou de la serrure : un trou dans la porte d’entrée du jardin de la Villa magistrale, par lequel on aperçoit de façon saisissante la coupole de Saint-Pierre. En réalité, l’ouverture n’a rien à voir avec la vraie serrure, située plus bas, mais le trou, par un effet d’optique, agrandit la vue sur la basilique, encadrée par les hautes haies du jardin.

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Grâce à ce trou de serrure, un seul regard réunit trois souverainetés : la vue sur l’État du Vatican, celle de l’ordre de Malte (la Villa est en effet un lieu extraterritorial depuis 1869) et celle de l’État italien, représenté par la place.
Ce lieu a lui aussi une histoire longue et fascinante : situé en un point stratégique dominant le port fluvial du Tibre et l’île Tibérine, il fut occupé au Xe siècle par un monastère bénédictin fortifié, passé ensuite aux Templiers puis, après la suppression de leur ordre, aux Hospitaliers et enfin aux chevaliers de Malte. Le réaménagement de l’entrée du Prieuré fut voulu par le cardinal Giovan Battista Rezzonico, neveu du pape Clément XIII, qui confia en 1765 à Piranesi la façade de la porte d’entrée de la Villa et la place qui lui fait face. Le résultat est l’un des rares exemples d’architecture rococo à Rome, orné des trophées des Chevaliers et des symboles et armoiries des Rezzonico.
Au-dessus de la porte, on remarque une sculpture de navire qui renvoie à la forme que la tradition attribue au sommet de l’Aventin : celle d’un vaisseau à la proue tournée vers le Tibre, prêt à appareiller pour la Terre sainte, comme le faisaient les Templiers, dont les chevaliers de Malte sont les héritiers.

En entrant dans le jardin de la Villa, on remarque aussitôt que la coupole de Saint-Pierre paraît bien plus petite que vue par le trou de la porte ; plus on s’approche du belvédère, plus elle semble s’éloigner. Le beau jardin à l’italienne se compose de trois parties : une partie originale du début du XVIIe siècle, avec l’ancienne roseraie ; la partie géométrique des haies à l’italienne qui dessinent la croix des Templiers ; et la partie la plus célèbre, celle du belvédère.

Le Jardin de Saint-Alexis

Entre le Jardin des Orangers et le Prieuré de Malte, à côté de la basilique des Saints-Boniface-et-Alexis, fondée entre le IVe et le Ve siècle et remaniée à plusieurs reprises à partir de 1216, se trouve un troisième jardin, moins connu que les deux précédents mais offrant la même vue spectaculaire sur Rome : les pentes de la colline, les églises paléochrétiennes, le Tibre en contrebas et, en face, le Janicule. C’est le Jardin de Saint-Alexis, trois mille mètres carrés de pins et de plantes méditerranéennes, qui reflète le type du jardin public romain du XIXe siècle.

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Sur le mur de gauche se trouve une fontaine provenant du Palazzo Accoramboni, exemple d’architecture de la fin de la Renaissance, entièrement démoli et reconstruit en 1940. Au centre du jardin se dresse la statue de Jeanne d’Arc, représentée en prière tandis que la vie quitte son jeune corps et que les flammes dévorent son manteau, œuvre du sculpteur français Maxime Real del Sarte en 1935.

Ces lieux sont célébrés par une séquence du film La grande bellezza, celle où la caméra suit la promenade tranquille du protagoniste, Jep Gambardella, via di Santa Sabina. Couronné de nombreux prix internationaux, le film a aussi fait connaître l’Aventin au grand public étranger.

Laura Luciani, autrice du blog d’Italy Trails